L'État mauvais payeur: un bug à 2 milliards
La modernisation de l'État est assurément une bonne chose ; encore faut-il qu'elle constitue un progrès, ce qui ne semble pas être le cas du logiciel informatique Chorus qui serait responsable d'environ 2 milliards d'euros d'impayés par l'État.
Déployé depuis le 30 juin 2008 dans plusieurs ministères (Éducation nationale, Défense, Justice, Intérieur) et actuellement dans sa version 4 depuis janvier dernier, ce logiciel financier a été conçu par l'éditeur allemand SAP, sous la houlette de l'Agence pour l'informatique financière de l'État (AIEF), afin de remplacer progressivement les multiples systèmes informatiques dont se servaient jusqu'alors les administrations pour gérer leur comptabilité et payer leurs factures.
Le déploiement de Chorus devait initialement s'achever le 1er janvier 2011 et « être au cœur de la modernisation budgétaire et comptable de l'État » : à la clé il devait supprimer quelque 8 000 postes de fonctionnaires et faire faire des économies. Au final, le très en retard Chorus pourrait coûter plus cher qu'il ne rapporte. Son installation entre 2006 et 2012 a été chiffrée par l'Inspection générale des Finances à 682,2 M€ et le coût sur dix ans (2006- 2015) à 1,1 milliard d'euros, dont 77M€ de maintenance par an !
Pour l'heure, Chorus cumule donc les mauvaises notes, des deux côtés de la chaîne. Les fonctionnaires qui doivent l'utiliser se plaignent de ne pas être suffisamment formés à cet outil complexe. « On va péter un câble », confiait un comptable de l'académie de Toulouse à nos confrères de Rue89. En cause, notamment, des licences nominatives pour pouvoir utiliser Chorus qui seraient moins nombreuses que le nombre de fonctionnaires. Conséquences : quand le titulaire d'une licence n'est pas là, son collègue qui n'en dispose pas ne peut pas utiliser le logiciel… Kafkaïen. Ces couacs ont alors une conséquence directe sur le paiement des factures. Alors que le délai de paiement doit être de 30 jours, il s'allonge irrémédiablement, mettant dans la difficulté de nombreuses PME.
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